Dossier d’information

Le mégot de par sa petite taille tend à être mal défini. On a tendance à oublier sa véritable nature, à savoir celle d’un déchet. Et, en tant que déchet sa place n’est donc pas à terre, mais à la poubelle. Alors, certes des agents de la voie publique en ramassent pour les envoyer vers l’incinérateur mais, la majorité connaît une autre fin de vie.


Le mégot possède donc à son actif des désavantages notoires. Enquête poussée !

Le nombre :
Rappelons déjà que le mégot est situé parmi les premiers déchets abandonnés au monde.
On estime à 4,5 billions le nombre de mégots jetés à terre par an autour du monde.

4,5 billions = 4 500 000 000 000 mégots

Le lieu :
On les retrouve hélas quasiment partout. Que ce soit en ville, à la campagne, à la montagne ou au bord de la mer, les mégots colonisent notre planète. Ils ne sont pas seulement là où les gens les laissent. Car le vent, les cours d’eaux, les eaux pluviales peuvent les charrier sur de grandes distances… C’est pourquoi on retrouve beaucoup de mégots sur les plages et dans les océans.
Lorsque sont effectuées des campagnes de nettoyage ce sont hélas les mégots qui remportent la palme du déchet le plus ramassé. En 2009, 2 189 252 mégots ont été ramassés lors de la journée mondiale de nettoyage du littoral (organisée par Ocean Conservancy).
Et en montagne par exemple, certains bergers se plaignent que leurs moutons et brebis les ingèrent. Sans compter que dans la nature, les mégots parfois mal éteints peuvent causer de graves incendies. Rappelons qu’un mégot peut se consumer pendant encore 3h s’il a mal été éteint !

=> Présence planétaire
=> Ingestion par les animaux
=> Cause d’incendies et de feux de forêts

Sa composition :

Le mégot de cigarette est composé de trois éléments :

  • des restes de tabac
  • d’un filtre (98% des cigarettes vendus sont avec filtre)
  • de papier entourant le filtre

Ce filtre, contrairement aux apparences qui évoquent le coton, est fabriqué à partir d’acétate de cellulose. C’est une matière plastique obtenue par modification chimique de la cellulose (un polymère naturel). Les fibres de l’acétate de cellulose sont traitées avec du dioxyde de titane (toxique), puis elles sont compactées fermement avec de la triacétine (irritante) pour former le filtre. Puis, le filtre est alors couvert de papier qui contient lui aussi de nombreuses substances chimiques (3). Il existe aussi d’autres types de filtres comme le filtre à base de charbon mais ils sont peu nombreux.

Se pose maintenant la question de la décomposition du mégot. Il s’avère très difficile de savoir si les mégots sont biodégradables ou non. De nombreuses données disponibles sont contradictoires à ce sujet. De plus, il n’y a pas encore à l’échelle internationale d’harmonisation des normes communes sur la biodégradabilité. *

D’autre part, les données concernant la durée de décomposition des mégots varient elles aussi selon les sources. Ce qui est certain, c’est qu’elle est relativement lente. Un mégot mettrait minimum 18 mois à se dégrader dans des conditions idéales (3). Cela peut aller jusqu’à 12 ans. (Certaines sources parlent même de 50 ans !)
Outre sa durée de dégradation, c’est sa fonction même qui pose problème. Car, au-delà de sa propre composition, le mégot en tant que filtre de votre cigarette a récupéré pas mal de dépôts toxiques … (un petit tour sans tomber dans la paranoïa : nicotine, goudron, métaux lourds, insecticides, etc. Rappelons qu’une cigarette contient près de 4200 produits chimiques (1), alors imaginez le résultat dans votre mégot.)
S’il est jeté à terre, le mégot « imbibé » de ces composants chimiques peut constituer une menace pour l’environnement. Certaines substances chimiques se répandent soit dans l’air, soit encore dans l’eau si votre mégot rejoint les égouts ou les rivières. Et c’est là que cela devient plus problématique !

=> Un mégot met de 18 mois à 12 ans à se dégrader
=> Il contient de très nombreuses substances chimiques dont certaines sont                    très nocives

* Rappelons qu’un matériau est dit biodégradable lorsqu’il a la capacité intrinsèque à être dégradé par une attaque microbienne qui va simplifier progressivement sa structure et finalement le convertir en CO2, H20 et/ ou CH4 et/ou une nouvelle biomasse.

 

Impact sur l’environnement :
Il est encore difficile d’évaluer l’impact du mégot sur l’environnement car nous manquons cruellement d’études scientifiques à ce sujet. Cependant quelques études ont permis de faire la lumière sur ce thème :

–   La première expérience (Register) visait à estimer la toxicité générale du mégot sur des populations de Daphnie magna (petit crustacé mesurant de 4 à 6mm souvent appelé puce d’eau.) Ces micro-organismes jouent un rôle essentiel dans l’équilibre écologique.

Les analyses ont été menées avec des solutions où l’on laissait tremper des mégots pendant une heure dans de l’eau distillée et dé-ionisée. Puis, on exposait les populations de Daphnie à ces solutions toxiques pendant une durée déterminée. Résultat, une concentration de 2 mégots par litre d’eau s’est révélée mortelle pour 100% de la population de Daphnie au bout de 48h. De plus, des dépôts ont été observés sur des poils nécessaires au déplacement de ces puces d’eaux.

Certes, il est difficile de mesurer l’exposition réelle des Daphnie aux mégots dans l’environnement. Cependant pour l’auteur de l’expérience, on peut conclure de manière pertinente que les mégots sont très dangereux pour les Daphnie à des concentrations supérieures à 0,125 mégot par litre. Ce qui équivaut à 1 mégot pour 8 Litres d’eau environ !
Il faut aussi noter la rapidité avec laquelle le mégot disperse ses substances toxiques dans l’eau.
L’étude précise que les filtres seuls (de cigarettes non fumées) sont beaucoup moins toxiques. En revanche, les mégots qui conservent un peu de tabac s’avèrent beaucoup plus toxiques. A noter : les composants exacts provoquant la toxicité n’ont pas été recherchés. (2)

=> Les substances toxiques des mégots se répandent très vite dans l’eau
=> Les mégots ont des effets néfastes sur certains micro-organismes
=> 1 mégot dans 8L d’eau constitue un danger mortel pour les Daphnie (puces d’eaux)

–     Une autre étude (1) a choisi 12 métaux présents dans les mégots et connus pour leur haute concentration comme l’aluminium, le fer, le plomb, etc. Lorsque le mégot se retrouve dans l’eau, il y a « lixiviation», c’est-à-dire extraction des produits solubles contenus dans le mégot et qui vont donc se retrouver dans l’eau. L’étude a voulu analyser la quantité de métaux lixiviés dans des solutions et leur toxicité. Elle a donc élaboré des solutions de 100 ml à des pH divers avec de l’eau purifiée contenant 2.0 g ±0.2g de mégot et 2.0g ±0.2g de tabac.
Pour mesurer la toxicité, elle s’est basée sur des standards d’eau potable de l’EPA (agence de l’environnement aux USA) et de l’OMS. Conclusion, sur les 12 métaux sélectionnés, le cadmium et le plomb s’avèrent dangereux. En effet, d’après les standards des deux organismes précédents, ce sont des polluants graves. Or, ils ont été mesurés dans les solutions des expériences à des taux supérieurs aux seuils acceptables.
Le cadmium et le plomb libérés par les mégots dans l’eau peuvent être toxiques pour l’homme, en revanche le pH n’interfère pas. L’étude insiste sur le fait qu’il est difficile de conclure sur la toxicité pour l’ensemble des organismes vivants car les standards d’eau potable de l’EPA et l’OMS ne sont pas forcément valables pour les micro et macro-organismes. Mais, il est fort possible qu’ils soient aussi toxiques pour ces derniers. Et ce d’autant qu’il y a un effet cumulatif des mégots, le plus souvent on ne retrouve pas un mégot à terre mais des dizaines voire des centaines au même endroit et cela peut avoir des effets dévastateurs pour les organismes présents.
Le facteur temps a aussi été analysé puisque les mégots macéraient dans ces solutions pendant 1 jour, 7 jours ou 34 jours. En fonction des métaux les résultats différaient. La durée de macération joue donc un rôle mais l’étude souligne bien qu’il faut approfondir les recherches pour tirer de véritables conclusions à ce sujet.

=> Le cadmium et le plomb présents dans les mégots se libèrent dans l’eau et nuisent à la qualité de l’eau

–    Enfin, une étude récente (3) a permis d’étudier la toxicité des mégots sur des vertébrés. Deux types de poissons ont été choisis pour cette étude, Pimephales promelas, un petit poisson d’eau douce mesurant une dizaine de cm et Atherinops affinis, un petit poisson d’eau de mer mesurant entre 28 et 37cm. Ce sont des poissons qui sont généralement utilisés pour les études toxicologiques de l’eau.
A noter que dans cette étude, aucune substance chimique n’a été isolée.
Les expériences ont été effectuées avec des mégots où il restait 1 à 2 cm de tabac, puis des mégots sans tabac restant et enfin, des filtres non utilisés. Ils ont été trempés séparément dans une eau de dilution (eau minérale diluée pour les poissons d’eau douce et eau de mer pour les poissons de mer) pendant 24h. Puis, des dilutions ont été effectuées et on a laissé les poissons y vivre ou plutôt survivre pendant 96h.
L’étude recherchait la concentration en mégots qui procure 50% de mortalité des poissons, que l’on nomme LC50 (lethal concentration 50.)
Les résultats ont montré que le LC50 pour les mégots contenant du tabac était atteint à 1,1 mégots/L pour les deux espèces de poissons. Le LC50 pour les mégots seuls a été atteint à 4,1 mégots/L pour le poisson d’eau de mer et à 5,5 mégots/L pour le poisson d’eau douce. Le LC50 pour les filtres propres a été atteint à 5,1 mégots/L pour le poisson d’eau de mer et à 13,5 mégots/L pour le poisson d’eau douce. Ce qui est assez surprenant car le filtre seul s’avère finalement assez toxique.
On remarque des différences assez flagrantes pour les mégots seuls entre les espèces marines et d’eau douce. Le poisson d’eau de mer (Atherinops affinis) s’avère beaucoup plus sensible à la toxicité des mégots. Selon l’étude, cela pourrait être dû à la dureté de l’eau de mer. Il est alors possible que toute nicotine non disponible devienne biodisponible* plus rapidement dans l’eau de mer, délivrant donc plus rapidement une concentration plus forte aux poissons.
D’autre part, concernant les mégots seuls, il est possible que le fait de fumer crée de nouveaux produits chimiques plus toxiques et change la solubilité des composés dans le mégot les rendant davantage biodisponibles.

Malgré la preuve de plus en plus forte de la toxicité des mégots qui a maintenant été faite sur deux espèces de poissons, il reste difficile d’évaluer l’impact réel des mégots sur le milieu aquatique (c’est-à-dire à une échelle plus large). Il faut donc encore étendre la recherche sur les composés qui entrent en jeu, le potentiel de bioaccumulation correspondant à la capacité des organismes à absorber et concentrer certaines substances chimiques.

=> Première expérience démontrant la toxicité des mégots trempés dans l’eau sur deux espèces de poissons (marine et d’eau douce).
=> Les mégots s’avèrent très toxiques et mortels pour 50% de ces poissons à une concentration de 1,1 mégots/L s’il reste du tabac avec le mégot.

*« Désigne l’aptitude d’un élément à être absorbé et à atteindre les membranes cellulaires des organismes vivants » (Dictionnaire-environnement.com)

Ces études sont un premier pas important soulignant le danger que peut poser les mégots notamment sur certains microorganismes ou certaines espèces de poissons. De plus, l’effet cumulatif des mégots nous incite à considérer que le mégot a un impact notoire sur l’environnement. Cependant, davantage de recherches scientifiques sont nécessaires pour mieux évaluer cet impact.
En attendant, ces études nous prouvent à quel point il est important de ne pas jeter ses mégots n’importe où.

Enfin, il est important de rappeler que les mégots dans les cours d’eaux sont souvent ingérés par les poissons et les oiseaux qui les confondent avec de la nourriture. Cela nous rappelle que certains enfants en bas âge ont les mêmes pratiques et portent spontanément les mégots à leur bouche. Avec les conséquences que l’on connaît…

=> Menace pour la faune
=> Menace pour la qualité de l’eau
=> Source de pollution environnementale
=> Ingestion par les animaux et certains enfants en bas âge

L’esthétique :
Enfin, une autre raison d’ordre plus anodin mais qui compte pour beaucoup d’entre nous, le côté esthétique. Un mégot à terre, c’est vraiment laid et le plus souvent ça n’est pas un mégot à terre mais des dizaines voire des centaines, en stade différent de décomposition qui jonchent le sol. D’ailleurs, certains touristes (dans le cas de Paris) estiment que nos trottoirs sont envahis par ces derniers.
Au bord de la mer, il n’est pas très agréable de s’allonger sur le sable au milieu des mégots et l’on n’est pas rassuré de voir les petits enfants jouer avec.
Dans tout lieu, le mégot comme tout autre forme de déchet d’ailleurs gâche un peu le panorama. Enfin, rappelons que si l’on voit un mégot par terre ou une autre forme de déchet d’ailleurs, on est souvent inconsciemment incité à y ajouter ses propres déchets.

=> Source de pollution visuelle
=> Un mégot à terre encourage à en jeter davantage

La verbalisation:
Oui, elle existe. Dans certaines villes comme Paris ou Lyon, le fumeur qui laisse tomber son mégot par terre est passible d’une amende. Seulement, le montant de l’amende varie grandement de 183 € pour la capitale à 30€ pour Martigues. Bonjour les jaloux !
Pour le moment, il semble qu’on ne peut voir aucune personne verbalisée pour ce geste.
On espère ne pas avoir à en arriver là, car la répression est déjà très présente dans nos sociétés. Alors le Mégot Défi comme d’autres initiatives, veut agir à la racine, en informant, communiquant, dialoguant, proposant des solutions afin de faire changer les habitudes.

Le coût :
Et oui, ne l’oublions pas, jeter ses mégots à terre a un coût. Difficilement calculable certes, mais un coût important en relation avec l’entretien et le nettoyage. Mais aussi avec le traitement de l’eau potable. Un coût que nous citoyens payons via les impôts.

Alors, éteignons notre mégot, visons la poubelle et faisons un geste pour :

Notre cadre de vie
La propreté de nos lieux de vie
Notre environnement
La qualité de notre eau
Notre portefeuille

 

Sources:

(1) « Analysis of Metals leached from smoked cigarette litter », J Moerman, Université du Tennessee à Chattanooga, Mars 2009

(2) Pour plus de détails concernant cette expérience menée par Kathleen Register, fondatrice de Clean Virginia Waterway http://www.longwood.edu/cleanva/ciglitterarticle.htm

(3) « Toxicity of cigarette butts and their chemicals components to the marine and freshwater fishes Atherinops affinis and Pimephales promelas », Ellie Slaughter, Thèse présentée à la faculté de San Diego et approuvée par Richard Gersberg, Thomas Novotny et Todd Anderson

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